Convaincre sans le savoir — une introduction à la rhétorique
La politique ce n'est pas seulement des institutions et des structures, elle est aussi oratoire, à travers le débat public. Mais le discours ne se limite pas à la politique, il s'infiltre dans tous les cercles, public ou privé. C'est à travers lui que l'on fait adhérer à des idées, à des convictions. Mais ceci porte un nom, la rhétorique, Qu'est-ce donc que la rhétorique ?
L'art est au cœur des débats durant l'antiquité, nombre de philosophes posent la question de la place de l'art dans la société, et l'art de l'éloquence ne déroge pas à la règle. La définition de la rhétorique est un long débat, Platon considère la rhétorique comme "ouvrière de persuasion". Cette définition de Platon est présente dans Gorgias, Platon y décrit un dialogue entre Socrate et Gorgias, dans lequel Socrate interpelle Gorgias sur la morale. Platon à travers Socrate considère qu'un véritable orateur n'utilise pas l'art de manière fallacieuse. Platon opposait la rhétorique à la dialectique, considérant la dialectique comme la méthode philosophique qui mène à la vérité par le questionnement rigoureux et que la rhétorique ne cherche que la persuasion avec ou sans vérité.
Platon n'est pas hostile à la rhétorique et considère qu'il existe une rhétorique noble. C'est Aristote qui, dans La Rhétorique, répond à Platon, Aristote considérant que la rhétorique est un outil neutre et qu'on ne peut lui attribuer la question du juste et de l'injuste et définit donc la rhétorique ainsi,
La rhétorique est la faculté de considérer dans chaque sujet ce qui s'y trouve de propre à persuader.
Aristote détaille plus précisément la rhétorique en trois mouvements fondamentaux, le pathos, l'ethos et le logos, qui restent encore aujourd'hui la référence de tout discours persuasif.
Les preuves que l'art de la parole nous fournit sont de trois espèces. Les premières dépendent des mœurs de l'orateur ; les secondes des divers sentiments qu'on inspire à l'auditeur ; les troisièmes se trouvent dans le discours lui-même, en tant qu'on démontre ou qu'on semble démontrer
Aristote lui-même considère que, l'honnêteté de l'orateur ne contribue en rien à la persuasion, que la rhétorique rentre dans des modalités de persuasion. Lorsqu'Aristote parle des mœurs de l'orateur, c'est l'ethos, il prouve par les mœurs, lorsqu'il parle de manière à inspirer de la confiance dans son caractère personnel. On associe l'ethos à la vertu, l'éthique, par exemple quelqu'un qui se présente comme intègre, droit et juste. On parle aussi de crédibilité construite avant le discours, un médecin en blouse qui vient sur un plateau télé use de l'ethos, les a priori positifs que l'on peut avoir envers quelqu'un sont de l'ethos.
Pour le pathos il est question d'émotion, on peut l'associer à l'empathie, user des sentiments, l'appel à la pitié, à la compassion font partie du pathos, les publicités routières qui mettent en scène des accidents avec des enfants ont pour but l'appel à l'émotion des parents, c'est purement du pathos.
Enfin le logos, la logique, persuader par la démonstration, pour un exemple simple, c'est ce que je fais ici sur l'Empirisme Citoyen, j'essaie de vous persuader avec des sources et des chiffres vérifiés.
La rhétorique n'est pas un art de l'antiquité, aujourd'hui encore, tout le monde l'emploie consciemment ou non et nous la subissons également au quotidien.
J’imagine, Gorgias, que tu as, comme moi, assisté à bien des discussions et que tu y as remarqué une chose, c’est que les interlocuteurs ont bien de la peine à définir entre eux le sujet qu’ils entreprennent de discuter et à terminer l’entretien après s’être instruits et avoir instruit les autres. Sont-ils en désaccord sur un point et l’un prétend-il que l’autre parle avec peu de justesse ou de clarté, ils se fâchent et s’imaginent que c’est par envie qu’on les contredit et qu’on leur cherche chicane, au lieu de chercher la solution du problème à débattre. Quelques-uns même se séparent à la fin comme des goujats, après s’être chargés d’injures et avoir échangé des propos tels que les assistants s’en veulent à eux-mêmes d’avoir eu l’idée d’assister à de pareilles disputes. modalité La rhétorique est un art que chacun emploie quotidiennement, il est de nature, que chacun souhaite convaincre autrui et pour cela emploie la rhétorique, elle est observable aussi bien dans des conversations privées, familiales ou entre amis, mais également en politique et dans les médias. Mais la rhétorique ne se résume pas à une forme de discours mais aussi par le fait de jouer avec les biais cognitifs auxquels nous sommes tous sensibles.
La rhétorique fonctionne car l'humain n'est pas une machine rationnelle, le cerveau prend des raccourcis, ce sont les biais cognitifs. La rhétorique exploite ces biais, consciemment ou non, en avoir conscience, c'est déjà se donner les moyens de l'identifier. Ces biais nous font adhérer ou non, plus ou moins facilement à certains discours, notre réceptivité est influencée par ces biais qui sont façonnés par notre vécu, la sensibilité, la situation et les expériences sont les points qui façonnent la sensibilité à ces biais. C'est de cette façon que, un même message transmis de manière différente peut avoir un impact bien différent sur un même individu. Ce mécanisme est au cœur du discours politique et médiatique, un orateur qui évoque le monde que nous laisserons à nos enfants use du pathos, il appelle à l'émotion parentale et à la responsabilité. Un orateur qui évoque des valeurs menacées ou une identité en danger use du même mécanisme, l'appel à la peur et à l'appartenance. Les sujets sont opposés, le mécanisme rhétorique est identique.
La rhétorique c'est avant tout la forme pour transmettre le fond.
Platon, à travers Socrate, était déjà critique des politiciens :
C’est pour avoir méconnu ces vérités que les politiques athéniens ont mal usé de la rhétorique : ils n’ont cherché qu’à plaire au peuple au lieu de l’améliorer. La véritable rhétorique n’a en vue que la justice et le bien. Ainsi tout se tient dans l’ouvrage et se ramène au véritable but que l’orateur doit assigner à sa parole.
La rhétorique elle-même n’est pas mieux traitée que les orateurs ; elle est ravalée au niveau de la cuisine, et ne sert, dit-il, qu’à flatter les passions populaires. Il faut bien reconnaître que beaucoup d’orateurs en abusent pour gagner par la flatterie la faveur du peuple ; mais, comme le dit Gorgias, la rhétorique n’est pas responsable des abus qu’on en peut faire. Les abus se glissent dans tous les arts : ce n’est pas une raison de répudier les arts eux-mêmes.
La question de l'honnêteté et de la vérité dans le discours public est loin d'être contemporaine. Platon la posait il y a 2 400 ans. Comme à l'époque, nos orateurs d'aujourd'hui cherchent-ils à nous améliorer, ou à nous plaire ?
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